‎ » DE LA TENTATION DU DESPOTISME ET DE LA RÉALITÉ DU POUVOIR DICTATORIAL » Par Bougar Diouf‎‎

Il existe une différence fondamentale entre être au pouvoir, exercer le pouvoir, avoir du pouvoir et tenir le pouvoir.‎‎‎ Le véritable homme d’État considère le pouvoir comme un mandat délégué, un service public sacré au bénéfice du peuple souverain.‎‎‎ Le démagogue, lui, le considère comme une propriété personnelle, un instrument de prestige et de revanche.‎‎‎

C’est cette confusion entre autorité républicaine et possession personnelle du pouvoir qui fait naître le despotisme.

‎‎‎Le despote ne gouverne pas pour transformer la société, mais pour s’y installer. Il ne cherche pas la postérité de ses idées, mais la pérennité de son image.‎‎‎

Son horizon n’est pas la Nation, mais son propre ego.

‎‎‎Ainsi, dès qu’il accède au pouvoir, son premier réflexe est de se l’approprier entièrement.‎ Le pouvoir devient un prolongement de sa personne : il ne gouverne pas un État, il règne sur un peuple.

‎‎‎Et peu à peu, la République se rétrécit à la taille de son ambition personnelle.‎‎‎

Tout despote commence par désacraliser l’État.‎‎‎

Car pour régner sans partage, il faut d’abord affaiblir les institutions qui limitent le pouvoir.‎

Il s’attaque à la séparation des pouvoirs, marginalise les contre-pouvoirs, banalise la fonction publique, et transforme l’administration en un outil partisan soumis à ses caprices.‎‎‎

En violant les règles immuables de l’État de droit, il cherche à démystifier les institutions pour les soumettre à sa volonté.‎‎‎

Ce n’est pas un hasard s’il multiplie les discours populistes, démagogiques, voire mystiques : il veut substituer sa parole à la loi, sa volonté à la Constitution.‎‎‎

Son arme la plus redoutable est la propagande.‎Par le contrôle des médias publics, la manipulation des masses à travers les réseaux sociaux et la mise en scène de son image, il façonne une mythologie du chef infaillible, visionnaire, victime et sauveur à la fois.‎‎‎

Ce que les régimes autoritaires appellent « communication » n’est souvent que la mise en scène du mensonge.‎‎‎Parallèlement, il fait taire la contradiction.‎

L’opposant devient un traître, le journaliste critique un ennemi, le citoyen éveillé un subversif.‎‎‎

L’intimidation, l’arrestation arbitraire, la diabolisation médiatique deviennent des outils de gouvernement.‎‎‎

Et comme le rappelait Soljenitsyne :‎‎‎“Un pouvoir illimité entre les mains de personnes bornées mène toujours à la cruauté.”‎‎‎

Le populisme devient alors une arme de destruction de la République.‎‎‎Sous prétexte de parler au nom du peuple, il l’oppose à lui-même, dressant les citoyens les uns contre les autres, pour mieux régner dans la confusion et la peur.‎‎‎

Le despote se rêve en figure providentielle.‎Il veut être l’incarnation de la Nation, le guide, le père, le sauveur, le martyr, le prophète… tout sauf un simple serviteur de l’État.‎‎‎

Par la flatterie, il s’entoure de courtisans et d’adulateurs, transforme les institutions en décors et les cérémonies républicaines en spectacles de glorification personnelle.‎‎‎

Le discours d’un chef de gouvernement devient un monologue messianique où l’on ne parle plus de politiques publiques, mais de son génie supposé.‎‎‎

C’est ce que Samuel Ferdinand-Lop résumait brillamment :‎‎‎“Tout politicien qui croit être un prophète ne propose généralement que du vent.”‎‎‎

Ce vent, celui de la vanité et de la démesure, finit toujours par emporter les nations dans la tourmente.

‎‎‎L’histoire est remplie d’exemples où le culte de la personnalité a conduit à l’effondrement de la République : du Zaïre de Mobutu à la Libye de Kadhafi, du Venezuela de Chávez à l’Ouganda d’Amin.‎‎‎

Chaque fois, le même scénario : l’homme providentiel finit par devenir l’ennemi de son propre peuple.‎‎‎

Le Sénégal, patrie de la démocratie et du pluralisme politique, traverse aujourd’hui une phase d’inquiétude institutionnelle.‎‎‎

Le récent discours du Premier ministre Ousmane Sonko illustre parfaitement les symptômes de cette tentation autoritaire.

‎‎‎Quant à l’affaire Abdourahmane DIOUF : le refus de la collégialité.‎‎‎

Son refus de participer au Conseil des ministres tant que M. Abdourahmane Diouf siège au gouvernement traduit une posture profondément contraire à l’esprit républicain.‎

Un Premier ministre n’a pas à conditionner sa participation aux affaires de l’État à ses affinités personnelles.‎‎‎

Ce comportement démontre que Sonko ne conçoit pas le pouvoir comme un exercice collectif, mais comme une propriété personnelle.‎‎‎

Il confond autorité gouvernementale et susceptibilité d’ego.‎C’est un affront à la Constitution, à la continuité de l’État et à la hiérarchie institutionnelle.‎‎‎

Sur l’affaire PRODAC : la manipulation politique de la justice.‎‎‎L’arrestation de M. Pape Malick Ndour, justifiée par un prétendu rapport du PRODAC, s’apparente à une tentative grossière d’instrumentalisation de la justice.‎‎‎

Cette manœuvre vise non seulement à humilier un adversaire, mais aussi à créer les conditions d’un chantage politique :‎‎‎légitimer artificiellement un dossier administratif,‎‎‎exercer une pression sur la Cour suprême pour annuler le rabat d’arrêt qui empêche Ousmane Sonko d’être candidat en 2029.‎‎‎

C’est là une ligne rouge gravement franchie : la politisation de la justice, arme fatale contre tout État de droit.‎‎‎Un gouvernement qui manipule les juges perd toute légitimité morale et constitutionnelle.

‎‎‎Sous les habits séduisants de la rupture, se cache parfois la plus vieille maladie du pouvoir : le despotisme populiste.‎‎‎

Celui qui prétend parler au nom du peuple finit souvent par le confisquer, au nom d’une mission qu’il s’invente.

‎‎‎Le Sénégal, héritier de Senghor, de Mamadou Dia, de Kéba Mbaye et de toutes les consciences républicaines, ne peut se permettre de trahir cet héritage.‎‎‎

Notre démocratie, fruit de sacrifices et de luttes, doit rester un sanctuaire de liberté, de justice et d’équilibre des pouvoirs.‎‎‎

Car l’histoire le prouve :‎‎‎Les despotes naissent toujours des illusions populaires et meurent toujours de leur propre orgueil.

‎‎‎Le rôle de chaque citoyen, de chaque patriote et de chaque force politique est donc de résister à la personnalisation du pouvoir, de défendre la République, et de rappeler à tous les dirigeants que nul n’est au-dessus des institutions.

‎‎‎Conclusion : la vigilance patriotique‎‎‎L’Union des Panafricanistes Sénégalais UPS appelle à une vigilance patriotique de tous les esprits lucides.‎‎‎

Aucun homme, aussi charismatique soit-il, ne mérite qu’on sacrifie pour lui la stabilité d’un pays et la dignité d’un peuple.‎‎‎

Le Sénégal n’a pas besoin d’un prophète autoproclamé, mais d’un État fort, d’institutions solides, et de citoyens conscients.

‎‎‎Le pouvoir ne doit pas être un culte, mais une responsabilité.‎Et la République, ce n’est pas un homme : c’est un idéal.

‎‎‎Président Mr Bougar DIOUF

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *