Il existe une différence fondamentale entre être au pouvoir, exercer le pouvoir, avoir du pouvoir et tenir le pouvoir. Le véritable homme d’État considère le pouvoir comme un mandat délégué, un service public sacré au bénéfice du peuple souverain. Le démagogue, lui, le considère comme une propriété personnelle, un instrument de prestige et de revanche.
C’est cette confusion entre autorité républicaine et possession personnelle du pouvoir qui fait naître le despotisme.
Le despote ne gouverne pas pour transformer la société, mais pour s’y installer. Il ne cherche pas la postérité de ses idées, mais la pérennité de son image.
Son horizon n’est pas la Nation, mais son propre ego.
Ainsi, dès qu’il accède au pouvoir, son premier réflexe est de se l’approprier entièrement. Le pouvoir devient un prolongement de sa personne : il ne gouverne pas un État, il règne sur un peuple.
Et peu à peu, la République se rétrécit à la taille de son ambition personnelle.
Tout despote commence par désacraliser l’État.
Car pour régner sans partage, il faut d’abord affaiblir les institutions qui limitent le pouvoir.
Il s’attaque à la séparation des pouvoirs, marginalise les contre-pouvoirs, banalise la fonction publique, et transforme l’administration en un outil partisan soumis à ses caprices.
En violant les règles immuables de l’État de droit, il cherche à démystifier les institutions pour les soumettre à sa volonté.
Ce n’est pas un hasard s’il multiplie les discours populistes, démagogiques, voire mystiques : il veut substituer sa parole à la loi, sa volonté à la Constitution.
Son arme la plus redoutable est la propagande.Par le contrôle des médias publics, la manipulation des masses à travers les réseaux sociaux et la mise en scène de son image, il façonne une mythologie du chef infaillible, visionnaire, victime et sauveur à la fois.
Ce que les régimes autoritaires appellent « communication » n’est souvent que la mise en scène du mensonge.Parallèlement, il fait taire la contradiction.
L’opposant devient un traître, le journaliste critique un ennemi, le citoyen éveillé un subversif.
L’intimidation, l’arrestation arbitraire, la diabolisation médiatique deviennent des outils de gouvernement.
Et comme le rappelait Soljenitsyne :“Un pouvoir illimité entre les mains de personnes bornées mène toujours à la cruauté.”
Le populisme devient alors une arme de destruction de la République.Sous prétexte de parler au nom du peuple, il l’oppose à lui-même, dressant les citoyens les uns contre les autres, pour mieux régner dans la confusion et la peur.
Le despote se rêve en figure providentielle.Il veut être l’incarnation de la Nation, le guide, le père, le sauveur, le martyr, le prophète… tout sauf un simple serviteur de l’État.
Par la flatterie, il s’entoure de courtisans et d’adulateurs, transforme les institutions en décors et les cérémonies républicaines en spectacles de glorification personnelle.
Le discours d’un chef de gouvernement devient un monologue messianique où l’on ne parle plus de politiques publiques, mais de son génie supposé.
C’est ce que Samuel Ferdinand-Lop résumait brillamment :“Tout politicien qui croit être un prophète ne propose généralement que du vent.”
Ce vent, celui de la vanité et de la démesure, finit toujours par emporter les nations dans la tourmente.
L’histoire est remplie d’exemples où le culte de la personnalité a conduit à l’effondrement de la République : du Zaïre de Mobutu à la Libye de Kadhafi, du Venezuela de Chávez à l’Ouganda d’Amin.
Chaque fois, le même scénario : l’homme providentiel finit par devenir l’ennemi de son propre peuple.
Le Sénégal, patrie de la démocratie et du pluralisme politique, traverse aujourd’hui une phase d’inquiétude institutionnelle.
Le récent discours du Premier ministre Ousmane Sonko illustre parfaitement les symptômes de cette tentation autoritaire.
Quant à l’affaire Abdourahmane DIOUF : le refus de la collégialité.
Son refus de participer au Conseil des ministres tant que M. Abdourahmane Diouf siège au gouvernement traduit une posture profondément contraire à l’esprit républicain.
Un Premier ministre n’a pas à conditionner sa participation aux affaires de l’État à ses affinités personnelles.
Ce comportement démontre que Sonko ne conçoit pas le pouvoir comme un exercice collectif, mais comme une propriété personnelle.
Il confond autorité gouvernementale et susceptibilité d’ego.C’est un affront à la Constitution, à la continuité de l’État et à la hiérarchie institutionnelle.
Sur l’affaire PRODAC : la manipulation politique de la justice.L’arrestation de M. Pape Malick Ndour, justifiée par un prétendu rapport du PRODAC, s’apparente à une tentative grossière d’instrumentalisation de la justice.
Cette manœuvre vise non seulement à humilier un adversaire, mais aussi à créer les conditions d’un chantage politique :légitimer artificiellement un dossier administratif,exercer une pression sur la Cour suprême pour annuler le rabat d’arrêt qui empêche Ousmane Sonko d’être candidat en 2029.
C’est là une ligne rouge gravement franchie : la politisation de la justice, arme fatale contre tout État de droit.Un gouvernement qui manipule les juges perd toute légitimité morale et constitutionnelle.
Sous les habits séduisants de la rupture, se cache parfois la plus vieille maladie du pouvoir : le despotisme populiste.
Celui qui prétend parler au nom du peuple finit souvent par le confisquer, au nom d’une mission qu’il s’invente.
Le Sénégal, héritier de Senghor, de Mamadou Dia, de Kéba Mbaye et de toutes les consciences républicaines, ne peut se permettre de trahir cet héritage.
Notre démocratie, fruit de sacrifices et de luttes, doit rester un sanctuaire de liberté, de justice et d’équilibre des pouvoirs.
Car l’histoire le prouve :Les despotes naissent toujours des illusions populaires et meurent toujours de leur propre orgueil.
Le rôle de chaque citoyen, de chaque patriote et de chaque force politique est donc de résister à la personnalisation du pouvoir, de défendre la République, et de rappeler à tous les dirigeants que nul n’est au-dessus des institutions.
Conclusion : la vigilance patriotiqueL’Union des Panafricanistes Sénégalais UPS appelle à une vigilance patriotique de tous les esprits lucides.
Aucun homme, aussi charismatique soit-il, ne mérite qu’on sacrifie pour lui la stabilité d’un pays et la dignité d’un peuple.
Le Sénégal n’a pas besoin d’un prophète autoproclamé, mais d’un État fort, d’institutions solides, et de citoyens conscients.
Le pouvoir ne doit pas être un culte, mais une responsabilité.Et la République, ce n’est pas un homme : c’est un idéal.
Président Mr Bougar DIOUF










